
Par Thomas Penet, cofondateur de Tantiem
Un investissement immobilier locatif reste le moyen le plus répandu de se constituer un patrimoine avec l’argent de la banque. Encore faut-il savoir ce qu’un bien rapporte vraiment, une fois payés les charges, le crédit et les impôts.
En 2026, l’équation a fortement changé : les taux de crédit remontent, les prix de l’ancien se stabilisent, la location meublée est plus taxée et un nouveau dispositif fiscal, le statut du bailleur privé, remplace le Pinel. Ce guide reprend chaque étape, avec un exemple chiffré complet et les règles en vigueur.
Sources : Pretto (20 septembre 2026), indices Notaires-Insee, étude Lokimo pour Meilleurtaux (rendements bruts moyens 2021-2025), loi Climat et résilience.
Ce qui change concrètement en 2026 pour l’investisseur
C’est l’achat d’un logement ou d’un local pour le louer : vous touchez des loyers, remboursez souvent un crédit grâce à eux, et récupérez la valeur du bien à la revente. Le résultat dépend du prix, du loyer, des charges et du régime fiscal choisi.
Plusieurs formes coexistent :
Vous pouvez acheter en nom propre ou via une société, le plus souvent une SCI. Ce choix, comme celui entre nu et meublé, se fait avant l’achat : il détermine votre fiscalité pendant des années.
Oui, mais beaucoup moins facilement qu’avant 2022. Dans les grandes villes, un logement rapporte entre 4 % et 6 % brut, soit souvent 2 à 3 % une fois les charges déduites... alors que le taux du crédit est désormais de 3,5 % sur 20 ans (selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA).
Nous détaillons cela dans notre article complet sur la hausse des taux de crédit immobilier.
Les écarts entre villes sont de plus en plus élevés. Sur la période 2021-2025, l’étude Lokimo publiée par Meilleurtaux place Grenoble en tête des grandes villes avec 5,72 % de rendement brut moyen, devant Marseille (5,38 %) et Montpellier (5,23 %). Rennes ressort autour de 4,3 % et Strasbourg à 4,1 %. Paris ferme la marche à 3,91 % : le loyer y est le plus élevé de France, mais le prix d’achat dépasse 10 000 € le mètre carré.
Un rendement brut de 9 % n’est pas une bonne affaire en soi. Les villes qui affichent les rendements les plus élevés ont souvent des prix bas pour une raison : population en baisse, vacance élevée, revente difficile. Le rendement qui compte est celui qui tient VRAIMENT sur dix ans.
Concrètement, l’autofinancement, le "cash flow positif", c’est-à-dire des loyers qui couvrent seuls le crédit et les charges, est devenu rare dans les grandes métropoles sans apport important.
Divisez le loyer annuel par le prix pour obtenir la rentabilité brute, puis retirez les charges pour la rentabilité nette, et enfin les impôts pour la nette-nette. Seule cette dernière permet de comparer l’immobilier aux autres placements.
Les charges à intégrer sont la taxe foncière, les charges de copropriété non récupérables sur le locataire, l’assurance propriétaire non occupant, les frais de gestion si vous déléguez (6 à 10 % des loyers), une provision pour travaux (environ 0,5 % de la valeur du bien par an) et un mois de vacance par an. Les frais de notaire représentent 7 à 8 % du prix dans l’ancien.
Prenons un T2 de 45 m² dans l’ancien, acheté au prix médian rennais de 3 842 €/m² et loué nu au loyer moyen de 13,68 €/m².
Le bien affiche 4,3 % brut dans l’annonce, mais rapporte en réalité 2,1 % une fois les charges payées, et moins de 1 % après impôts. Les charges retenues sont les suivantes : 1 000 € de taxe foncière, 400 € de copropriété non récupérable, 120 € d’assurance, 520 € de gestion, 860 € de provision pour travaux et un mois de vacance.
Attention, ce n’est pas une fatalité. Au régime réel, les intérêts d’emprunt et les charges deviennent déductibles et l’impôt disparaît souvent les premières années. En meublé au réel, l’amortissement produit le même effet, avec un loyer généralement plus élevé. Le régime fiscal peut ainsi doubler la rentabilité nette-nette d’un même bien.
La rentabilité n'est pas la trésorerie. Le cash-flow mesure ce qui reste chaque mois une fois le crédit payé : s’il est négatif, c’est votre effort d’épargne. Le taux de rentabilité interne (TRI) intègre tout, des loyers à la revente en passant par le remboursement du capital : c’est l’indicateur des professionnels. Notre article sur le rendement locatif détaille ces calculs !
Avec un apport d’au moins 10 %, qui couvre souvent les frais de notaire, un crédit de 15 à 25 ans autour de 3,3 à 3,7 % selon la durée, et un taux d’endettement plafonné à 35 % de vos revenus, assurance comprise.
Reprenons le T2 rennais : 30 000 € d’apport et 156 000 € empruntés sur 20 ans à 3,52 %. La mensualité atteint environ 906 € hors assurance. Avec un loyer encaissé moyen de 565 € et 242 € de charges mensuelles, l’investisseur doit compléter de 580 € par mois environ, avant impôts.
Ce chiffre ne dit pas que l’opération est mauvaise. Sur les 10 900 € remboursés la première année, environ 5 400 € sont du capital : vous vous constituez un patrimoine, à condition que le bien garde sa valeur. Mais l’effet de levier se paie en effort d’épargne, et il se retourne si les prix baissent ou si le bien reste vide. Pour aller plus loin : l’effet de levier immobilier et notre guide du crédit immobilier.
La location nue est imposée à votre TMI plus 17,2 % de prélèvements sociaux, avec le déficit foncier comme levier. La location meublée (LMNP) supporte 18,6 %, mais l’amortissement au réel efface souvent l’impôt pendant 10 à 15 ans.
Au micro-foncier, possible jusqu’à 15 000 € de loyers par an, vous êtes imposé sur 70 % de vos loyers. Au régime réel, vous déduisez vos charges réelles, intérêts d’emprunt compris. Si elles dépassent vos loyers, le déficit s’impute sur votre revenu global jusqu’à 10 700 € par an, et jusqu’à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique payés jusqu’au 31 décembre 2027. Il faut alors continuer à louer jusqu’au 31 décembre de la troisième année.
Au régime réel, le statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP) permet d’amortir le bâti, hors terrain, et le mobilier. Cette charge comptable, qui ne coûte rien en trésorerie, réduit le bénéfice imposable à zéro pendant de nombreuses années. Deux réformes en ont réduit l’intérêt :
Au micro-BIC, l’abattement reste de 50 % pour une location meublée classique, mais il tombe à 30 % pour un meublé de tourisme non classé. Attention aussi : un déficit en LMNP ne s’impute pas sur votre salaire, il se reporte sur vos futurs revenus meublés.
La SCI à l’impôt sur le revenu facilite la transmission et l’achat à plusieurs, avec la même fiscalité que la location nue. La SCI à l’impôt sur les sociétés amortit le bien et paie 15 % puis 25 % d’impôt, mais les dividendes versés aux associés sont taxés à la flat tax de 31,4 % et la plus-value est calculée sur la valeur comptable, donc plus lourde. C’est une structure de long terme, pertinente pour réinvestir les loyers plutôt que les percevoir.
Le Pinel est fermé depuis fin 2024. Restent le nouveau statut du bailleur privé (Jeanbrun), le Denormandie, le Malraux, les Monuments historiques et le déficit foncier, tous liés à des engagements de location ou de travaux.
Créé par l’article 47 de la loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février, il s’applique aux achats réalisés du 21 février 2026 au 31 décembre 2028. Vous déduisez chaque année un amortissement de 3,5 à 5,5 % de 80 % du prix dans le neuf, et de 3 à 4 % dans l’ancien avec au moins 30 % de travaux. Le plafond va de 8 000 à 12 000 € par an selon le niveau de loyer. En contrepartie : location nue en résidence principale pendant 9 ans, dans un immeuble collectif, avec des loyers et des ressources plafonnés. Comme en LMNP, les amortissements seront réintégrés dans la plus-value. Les Clés de la banque détaillent les plafonds par zone.
Concrètement : pour un logement neuf de 200 000 € en loyer intermédiaire, l’amortissement atteint 5 600 € par an (80 % × 200 000 € × 3,5 %). À la TMI de 30 %, il réduit l’impôt et les prélèvements sociaux d’environ 2 600 € par an tant qu’il reste des revenus fonciers à effacer.
L’avantage fiscal ne rattrape jamais un bien mal acheté. Un logement neuf vendu 20 % au-dessus du marché fait perdre en un jour ce que la réduction d’impôt rapporte en plusieurs années. Vérifiez toujours le prix au mètre carré avant de regarder la fiscalité.
Partez de la demande locative et du prix, pas du rendement affiché : une ville où les locataires sont nombreux, un quartier recherché, un prix conforme aux ventes réelles, un DPE au moins en D et une copropriété saine.
Des sociétés spécialisées telles que Bevouac, vous aident à choisir et gérer un bien.
Les cinq risques principaux sont la vacance, les impayés, les travaux imprévus, les changements de réglementation et la baisse des prix. S’y ajoute un défaut rarement évoqué : tout votre capital repose sur un seul bien.
La concentration est le risque que les simulateurs oublient. Avec 200 000 € investis dans un seul appartement, un sinistre, un locataire défaillant ou un quartier qui décline suffit à fragiliser toute l’opération.
Gérer en direct économise 6 à 10 % des loyers, mais suppose du temps : visites, état des lieux, quittances, régularisation des charges, assemblées générales, sinistres. Pour sélectionner un locataire, le service public DossierFacile permet de recevoir des dossiers vérifiés. Une agence apporte la sélection, le suivi et la gestion des incidents, et ses honoraires sont déductibles au régime réel.
Oui si vous avez un apport, une capacité d’emprunt, du temps et un horizon de 10 ans ou plus. Beaucoup moins si vous cherchez des revenus sans gestion, sans effort d’épargne mensuel ou avec une mise inférieure à 20 000 €.
Trois façons d’investir dans la pierre, trois profils très différents.
Les SCPI suppriment la gestion et diversifient sur des dizaines d’immeubles, au prix de 8 à 12 % de frais d’entrée et d’une revente qui n’est pas garantie. L’immobilier fractionné permet d’investir dès 100 € dans un bien précis, déjà loué, et de recevoir une part des loyers sans rien gérer. Chez Tantiem, le rendement net actuel versé en 2026 est de 6,8 %, avant fiscalité personnelle, sans frais d’entrée, avec une imposition à la flat tax de 31,4 % et des investissements hors IFI.
Concrètement : les 30 000 € d’apport du T2 rennais, placés à 6,8 %, produiraient environ 2 040 € par an, soit 1 400 € après impôts, sans crédit ni gestion. La comparaison n’est pas symétrique : le locatif utilise l’argent de la banque et vous enrichit par le remboursement du capital, le fractionné non. Beaucoup d’investisseurs combinent les deux, un bien en direct pour le levier, du fractionné pour diversifier sans s’endetter davantage. Faites le calcul avec votre situation dans notre simulateur.
Notre avis Tantiem. L’investissement locatif reste un formidable outil de constitution de patrimoine, mais 2026 a déplacé le curseur : les taux remontent, le meublé est plus taxé et l’autofinancement est devenu rare dans les grandes villes. Un bon achat se joue désormais sur le prix d’entrée, le DPE et le régime fiscal choisi avant la signature, pas sur le rendement brut de l’annonce. Avant tout investissement immobilier locatif, calculez votre rentabilité nette-nette et votre effort d’épargne mensuel : si les deux vous conviennent, l’opération vaut le coup. Tantiem propose une alternative à l’investissement en direct : notre lecture n’est pas neutre, c’est pourquoi nous détaillons aussi ses atouts.
En savoir plus sur l’investissement locatif
Méthode et sources. Taux : Observatoire Crédit Logement/CSA (août 2026), Pretto (20 septembre 2026), BCE. Prix : indices Notaires-Insee du 2e trimestre 2026. Rendements par ville : étude Lokimo pour Meilleurtaux (2021-2025). Fiscalité : loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), LFSS 2026. L’exemple rennais repose sur des hypothèses Tantiem. Données arrêtées au 16 octobre 2026.
Investir comporte un risque de perte en capital et d’illiquidité. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce contenu est fourni à titre d’information et ne constitue pas un conseil en investissement ni un conseil fiscal. Tantiem est agréée par l’AMF en qualité de PSFP sous le n° FP-2025-03.